Ce qui suit est un article paru dans le journal Le Figaro du 09
Septembre 2008 sous la plume de Camille Peyrache


J'ai planté une éolienne dans mon jardin

Les petites éoliennes attirent de plus en plus les particuliers. Par souci
écologique mais aussi pour réduire leur facture électrique, ils sont
nombreux à se lancer dans l'aventure.

A 86 ans, Robert Laurent est un retraité passionné par les énergies
renouvelables. Il y a trois ans, il a fait installer une éolienne de 24 mètres sur le
terrain d'une vieille ferme en Dordogne qu'il occupe depuis 1981. Pour un
investissement total de 17 000 euros, comprenant le coût de l'éolienne et les
travaux d'installation, il a bénéficié d'un crédit d'impôt de 3200 euros. Son
éolienne d'une puissance de 1,3 KW alimente sa propriété qui fonctionne en tout
électrique.

Installer une éolienne dans son jardin

Comme lui, de nombreux particuliers s'intéressent à l'éolien. «Nous avons
énormément de demandes», confie Olivier Krug, le fondateur et gérant de Krug
Sarl, une société spécialisée dans la vente et l'installation de petites éoliennes
voit son chiffre d'affaires augmenter de 40% chaque année. Le coût total de
l'installation d'une petite éolienne varie en fonction de la puissance du
générateur et des travaux d'ancrage. Ainsi, pour une éolienne d'une puissance
de 2kW sur un mât de 12 mètres, il faut investir entre 15 000 à 20 000 euros.
En fonction de son exposition au vent, elle pourra produire entre 30 à 50% de la
consommation annuelle d'électricité d'un foyer de quatre personnes soit environ
5000 kW.h selon l'Ademe. «Cependant, prévient Olivier Krug, l'achat d'une
éolienne ne se fait pas comme celui d'une piscine. Il y a de nombreux éléments
à prendre en compte pour réaliser une installation performante.» L'élément le
plus important est évidemment le vent. Certaines régions bénéficient de vents
réguliers et forts, comme le long des côtes, la vallée du Rhône ou dans des sites de moyennes altitudes, d'autres n'ont pas de potentiel comme le nord-est de la
France. «Il faut que le gisement de vent soit suffisant pour être exploitable,
confirme Olivier Krug. La plupart des zones urbaines ou semi-urbaines ne sont,
par exemple, pas propices à l'installation d'éoliennes au risque de décevoir les
habitants de la région parisienne. Pour être certain du potentiel, il faut réaliser
une étude de vents, ce que trop peu d'installateurs font aujourd'hui.»

Les vents réguliers se situent en hauteur

Ensuite, il faut disposer d'un environnement dégagé. Pas question d'installer une
éolienne de petite taille au milieu d'une forêt. «L'éolienne doit être exposée au
vent, c'est pourquoi les éoliennes inférieures à 12 mètres qui peuvent être
installées sans permis de construire, produisent moins d'énergie que leur grande
soeur. Pour s'affranchir des obstacles naturels ou des bâtiments, il faut souvent
hisser les pales à 24 mètres», conseille le gérant de Krug Sarl. Cependant, pour
les mâts d'une hauteur supérieure à 12 mètres, il faut un permis de construire
accompagné d'une étude d'impact et d'un volet paysager. Ces démarches
administratives sont longues et délicates. «A l'époque, il m'a fallu quatre mois
pour obtenir un permis de construire», se souvient Robert Laurent. Le dossier
passe ainsi entre les mains d'une dizaine de services de l'Etat : direction
régionale de l'industrie de la recherche et de l'environnement (DRIRE), direction
des affaires sanitaires et sociales (DASS), gendarmerie, pompier, Direction de
l'aviation civile, etc.

Une rentabilité limitée

Aujourd'hui, Robert Laurent est satisfait par son éolienne qui, après crédit
d'impôt, lui a coûté 13800 euros. «En moyenne, sur les trois dernières années,
j'estime que l'éolienne couvre 25% de ma consommation totale d'électricité, soit
une économie de 300 euros par an», explique Robert Laurent. C'est moins que
ce que j'avais prévu. Cependant, je savais que j'étais sur un site avec un
potentiel de vent limité. Mon choix de l'installer était aussi motivé par mes
convictions.» En effet, au niveau actuel du coût de l'électricité, son installation
ne sera pas rentabilisée avant 20 ans. Cependant, aujourd'hui le prix de
l'électricité est deux fois moins élevé que chez nos voisins européens grâce aux
tarifs réglementés. Si ceux-ci sont amenés à disparaître dans les années à venir
comme le souhaite l'Union européenne, l'économie générée par l'éolienne de
Robert Laurent augmentera considérablement.

Ce qui suit est un article paru dans le journal Libération du vendredi 09 décembre 2005 sous la plume de Sylvie BRIET
(www.liberation.fr)

Si le «petit éolien» séduit de plus en plus de particuliers, les démarches et les investissements restent lourds et demandent une grande motivation.
Il faut du souffle pour planter une éolienne dans son jardin.

Robert Laurent a 83 ans et une éolienne dans son jardin. Pas pour faire joli mais «pour être indépendant du pétrole». Il possédait déjà sa pompe à chaleur, il voulait produire son électricité : il a investi 17 000 euros dans son installation, fonctionnelle depuis le 5 juillet. «Maintenant, tout dépendra du vent...» L'envolée des prix du brut donne des ailes au petit éolien, beaucoup rêvent d'acquérir leur autonomie énergétique : électricité ou eau chaude gratuites. Mais ce marché balbutiant requiert beaucoup d'énergie et d'obstination de la part des particuliers qui n'ont qu'une vague idée du parcours d'obstacles à franchir.

Quatre mois pour obtenir un permis

«Elle n'est pas bruyante, sauf quand elle tourne vite.» Premier dans le département de la Dordogne à arborer sa petite éolienne, Robert Laurent a dû s'accrocher : première étape, le permis de construire ­ obligatoire si le mât dépasse 12 mètres. Pour l'obtenir, il faut remplir des dossiers, fournir des plans à la direction de l'équipement, s'assurer que le service d'archéologie n'y voit pas d'inconvénient. Jusque-là, tout est normal.

On lui demande alors d'envoyer son dossier à la Direction de l'aviation civile. Avis favorable mais qui n'engage à rien : le dossier part à l'armée de l'air à Bordeaux, laquelle consulte la marine, la gendarmerie, l'armée de terre (à cause des hélicoptères, des interférences sur les liaisons radios...) et impose un éclairage clignotant sur l'éolienne. «Finalement, en quatre mois, j'ai réussi à obtenir mon permis, c'était une démarche autant technique qu'intellectuelle.» Et pour laquelle il faut avoir le temps. A une quinzaine de mètres de sa maison, l'éolienne s'élève à 24 mètres, dépassant les arbres de 4 mètres. Elle devrait fournir au retraité un tiers de sa consommation d'électricité, soit entre 3 000 et 4 000 kWh par an.

Des commandes doublées chaque année

L'éolienne individuelle séduit une clientèle variée du moment qu'elle dispose d'un bout de terrain : «Nos clients sont des institutions, des colonies de vacances, des agriculteurs et des particuliers entre 40 et 60 ans qui veulent maîtriser leur cadre de vie, des jeunes qui se lancent ou des retraités qui s'ennuient», explique Olivier Krug, qui importe la plupart de ses machines de l'étranger et les installe. Il a démarré en 2003, ses commandes doublent chaque année. Mais ce marché soumis à une forte demande est encore anarchique : «Il y a encore beaucoup de bulles de savon [des vendeurs peu sérieux], des machines qui ne marchent pas, beaucoup de frais de mise au point et un réseau mal développé.»

Le grand public répond présent : ainsi à Calvi, lors du Festival du vent de début novembre, le stand tenu par deux employés de Travere Industrie ne désemplissait pas. «Nos pales en composite de carbone sont remplies avec de la mousse expansée, les bouts sont arrondis, la fuite est fine, elles ne sifflent pas. Elles ne font pas de bruit, nous les faisons tester par EDF, nous arrivons à 40 décibels.» Tous deux vantaient leurs petites éoliennes créées par un ingénieur de génie, Pierre Travere. La plus petite mesure 3,60 mètres de diamètres, fournit 3 kw au mieux, et coûte 5 000 euros. Aujourd'hui la petite entreprise artisanale se développe: 200 éoliennes seront livrées cette année, deux fois plus qu'en 2004.

Des relations complexes avec EDF

Les adeptes du petit éolien se heurtent à d'autres difficultés administratives, notamment s'ils veulent se raccorder au réseau EDF et revendre l'énergie produite. EDF est obligé de racheter le surplus mais, semble-t-il, n'aime pas ça, les dossiers à remplir sont des plus rébarbatifs (en Allemagne, par exemple, la procédure est très simple). Giorgio Daniele, un ingénieur de 56 ans habitant le Loiret, a associé le solaire photovoltaïque avec une «petite» éolienne de 11 mètres de haut qui suffit à l'éclairage et à l'électroménager. Il a expérimenté les dossiers compliqués avec EDF : «Si on n'est pas motivé, on abandonne.» Gregory Blot, agriculteur, utilise l'énergie éolienne pour alimenter en électricité son pont de pesage ; il a mis un an à obtenir les autorisations pour revendre son électricité et a dû passer par six unités différentes d'EDF.

«Quand il y a du vent et les autorisations»

Mais il arrive que l'éolien corresponde parfaitement aux besoins, sans devenir un casse-tête. Comme pour Christine, qui vit avec ses deux enfants dans un endroit très isolé du Var. Sa maison n'est pas reliée au réseau EDF, ses voisins en bout de ligne sont à un kilomètre: «Le devis était trop cher, et puis c'est un endroit magique, alors y voir des poteaux... On a décidé de s'équiper en renouvelable.» Avant l'éolienne, elle fonctionnait avec un groupe électrogène très bruyant. Aujourd'hui, elle peut s'absenter plusieurs jours et trouver ses batteries pleines quand elle rentre grâce à sa petite éolienne qui lui fournit entre 900 et 1 200 watts. «Elle chuinte comme un bateau à voile, ce n'est pas gênant, on la voit de très loin car j'habite sur une colline, les seules réactions que j'ai eues viennent de personnes intéressées par la démarche. Je trouve ça beau et poétique.» Aucune subvention pour elle, c'était trop compliqué. Mais elle vit en complète autonomie énergétique.

«Le marché existe mais ne progresse pas très vite», constate Marc Vergnet, qui a démarré en construisant de petites éoliennes et est aujourd'hui le leader mondial de l'éolienne moyenne. «La solution tient la route quand il y a du vent et des autorisations, ces dernières sont le plus gros handicap.» Et tout le monde n'a pas l'énergie de Robert Laurent.

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